Les fêtes de fin d'année sont souvent l'occasion, pour les chaînes télé en mal de remplissage de programmes, de resortir une série de vieux rossignols. Entendez: une série de comédies musicales relativement anciennes mais dont tout le monde se souvient. Outre que, sur une semaine, j'ai aussi eu droit à trois des Sissi... Ainsi, j'ai revu, mardi soir, l'excellent The Sound Of Music (improprement traduit, mais je ne sais pas pourquoi, "La Mélodie du Bonheur").
Maria et les enfants Von Trapp

J'en profite pour ouvrir une parenthèse sur la soi-disant culture gay qui, à mon humble avis, n'existe pas mais qui sert d'épouvantail à toute une série de gens (tout comme d'ailleurs le lobby gay). C'est peut-être un scoop pour certains, mais je voudrais tout de même dire à la face du monde que ce n'est pas vrai qu'on reconnaît un pédé au fait qu'il aime les comédies musicales, ni au fait qu'il aime Dalida, ni au fait qu'il déteste le foot, ni au fait qu'il choisit les vêtements de ses soeurs. Non seulement je connais un tas d'homo qui détestent les comédies musicales (oui, même Hello, Dolly) mais quand j'ai été à Londres pour assister à la séance sing-along de The Sound Of Music, les hétéro masculins dans la salle n'étaient ni les derniers ni les moins bruyants à chanter. La seule culture gay qui pourrait exister, c'est le fait que des gens disent je suis gay, j'existe et respectez-moi. En dehors de ça, des goûts, des couleurs et des préférences, il y en a autant parmi les homo que parmi les hétéro.
Cette parenthèse fermée, je reviens à la comédie musicale. Tout d'abord pour rappeler que c'est une histoire relativement vraie, même si fameusement romancée à la sauce Hollywood. Pour une meilleure information, autant relire le livre homonyme de Maria von Trapp (décédée en 1987). Il n'est pas inutile de rappeler tout de même que la trame principale du film, ce n'est pas l'amour entre la nounou chantante et le beau papa de sept enfants adorables qui gambadent dans les alpages, mais bien leur lutte puis leur fuite devant la montée du nazisme en Autriche.

Chaque fois que je revois ce film, et c'est fréquent de beaucoup de vieux films, je reçois un cadeau sous la forme d'une réplique ou d'une phrase qui me revient en mémoire et qui me fait aimer le film davantage. Cette année, c'est la phrase que la mère supérieure du couvent de Maria (l'acrice Peggy Wood, qui fut oscarisée pour ce rôle en 1965) lui dit dans son bureau. Une phrase que Marie répétera à plusieurs moments du film, et forcément vers la fin:

When the Lord closes a door,
he opens a window somewhere else.
"Quand le Seigneur ferme une porte, il ouvre une fenêtre quelque part ailleurs." Cette année 2005, je suppose que, pour beaucoup d'entre vous, quelques portes se sont fermées: des échecs, des blessures, des ruptures, des départs, ou tout simplement la fin de quelque chose. C'est la vie, et ce n'est pas toujours de notre faute. Pour les cathogay en particulier, je n'ai pas l'impression que 2005 ait été une bonne année. Sur toute une série de sujets, les pédé catholiques ont été mis à la porte de chez eux, parfois bruyamment.
Mais je vous-nous invite à regarder l'avenir avec espérance et une vraie foi. Et, comme dit la mère supérieure (un rôle qui m'irait pas mal d'ailleurs), commencer à regarder quelle est la fenêtre ouverte par laquelle entrer de nouveau chez soi...
Le 29 décembre est l'une des dates retenues pour se souvenir de saint David, roi d'Israël (l'autre étant le 24 décembre). Et pour les cathogay, la personne de David est à tout le moins emblématique. D'une part pour son histoire avec Jonathan. Mais surtout, à mon avis, pour la fameuse scène contre Goliath.

Il est aujourd'hui évident, même pour les plus homophobes, que l'amour de Jonathan pour David était clairement homosexuel. On le lit tout simplement dans la fureur de son père, le roi Saül (en 1 Samuel 20,30-31 en cherchant ici). Pour le roi (jaloux? envieux?), Jonathan s'est "féminisé" et a fait tomber la honte sur sa propre mère. Et tant qu'il sera avec David, il lui sera impossible de se poser en futur roi parce qu'il ne pourra pas produire d'héritier.
Pour ce qui est de David, les avis vont plutôt dans le sens de la bisexualité, à cause notamment de sa torride affaire avec la femme d'Urie. Néanmoins, il ne fait pas de doute que David était profondément amoureux de Jonathan ("tu faisais tout mon plaisir"), y voyant même un amour plus grand que celui qu'il a reçu des femmes (2 Samuel 1,26).
Tout avait commencé avec la guerre contre les Philistins (on dit que c'est le nom de ce peuple qui a produit plus tard Palestine, mais c'est une hypothèse). Les frères de David sont enrôlés. Lui est trop jeune (moins de 16 ans?). Il garde les moutons, pas vraiment une activité réservée aux "vrais hommes". Néanmoins, il faut du courage et de l'habileté, notamment pour chasser les bêtes sauvages qui en voudraient au troupeau. D'où son goût pour le lancer de la fronde. D'où aussi sa passion pour la musique (le chant et la harpe surtout), qu'il a sans doute eu le temps de perfectionner durant ses longs moments de solitude.
La guerre s'enlise. Le moral des Israélites coule. Les Philistins, pour les narguer, disent qu'il suffirait qu'un seul guerrier d'Israël réussisse à battre leur champion en duel pour l'emporter. Mais leur champion est un géant sanguinaire: Goliath.
Personnellement, quand je m'imagine les traits de l'homophobie, je vois Goliath. Et j'imagine alors le petit David, qui arrive au camp militaire pour porter la ration alimentaire de ses frères (les familles devaient supporter les frais d'intendance de leurs recrues).
Selon la Bible, David devait être adorable. Il était roux dit le texte. Avant même que quelqu'un s'en aperçoive, il relève le défi de Goliath. D'une seule petite pierre plate tirée du creux d'un ruisseau, il fait une arme mortelle. Il abat Goliath d'un coup (la main de Dieu était avec lui). Il tranche la tête du géant. C'est la débandade dans le camp philistin. La ruée sur l'ennemi dans le camp israélite.
Le Caravage

Et Jonathan tombe éperdument amoureux de lui... Après le coup de pierre, c'est le coup de foudre (1 Samuel 18, 1-4). Un amour total et absolu, qui fait que Jonathan abandonne tout ce qu'il a: fierté, famille, honneur. Il se lie à David par une alliance (un mariage?) et se déshabille pour lui (relations sexuelles?).
Leighton

Plus tard, on sait que Jonathan aidera David à échapper au désir de son père le roi Saül d'assassiner David. La séparation entre David et Jonathan est encore une scène qui est racontée avec beaucoup d'émotion et de larmes entre ces deux hommes. Jonathan, qui était un excellent archer, tire une flèche (la psychanalyse en ferait ces choux gras, de ce symbole...). Si la flèche tombait en avant de l'endroit où se cachait David, celui-ci pouvait rentrer en toute sécurité. Mais il la tira au-delà de l'endroit, invitant plutôt David à s'enfuir. Ils ne se revirent plus...
De nos jours, il faut être totalement de mauvaise foi pour ne pas voir écrit noir sur blanc dans la Bible le magnifique récit de cet amour entre hommes. Et que ce texte ait survécu à des siècles d'homophobie est à prendre comme un don de Dieu. Les associations de gay chrétiens qui se revendiquent de l'amour de David et Jonathan ont certainement raison de le faire.
Pour ma part, j'en reste au coup de foudre: ce qui fit fondre le coeur de Jonathan, c'est que ce petit berger abatte le géant Goliath d'un coup de pierre et détruise à jamais le pire ennemi de son peuple. Jonathan n'est pas d'abord tombé amoureux de la beauté physique de David, ni de ses qualités de musicien ou de danseur (avérées dans la Bible). Ni de ses prouesses sexuelles, si l'on en croit le harem d'épouses et de concubines qu'il a gardé même pendant ses années de maquis. Non, c'est le frondeur qui a séduit Jonathan et lui a pris son coeur pour toujours.
Aujourd'hui, je prie le Seigneur qu'il nous donne notre propre David, à nous les cathogay et aux homo chrétiens en général. Qu'il nous trouve le petit berger insignifiant qui va terrasser le Goliath de l'homophobie. Et ce jour là, quel hurlement de triomphe nous allons lancer à la face du Ciel!

En cette période d'après Noël, j'ai l'habitude d'écouter en boucle les quelques 40 versions dont je dispose de Go Tell It On The Mountain. Il faut dire que c'est vraiment l'hymne de circonstances et que ça donne chaud au coeur:
Go Tell It On The Mountain
Over The Hills And Everywhere
Go Tell It On The Mountain
That Jesus Christ Is Born
Une autre chose qui m'a donné chaud au coeur ces dernières jours, c'est l'extraordinaire ascension d'un de mes anciens curés. C'est toute une histoire, et je vous la raconte.
C'était l'époque où je fréquentais (avec une certaine irrégularité) la paroisse de Saint Victor dans West Hollywood. Bien qu'étant plutôt un résident de la paroisse voisine de Blessed Sacrament dans Hollywood, j'avais un intérêt, disons, très particulier à aller du côté de Saint Victor. Ce n'est pas un mystère (je vous en ai parlé dans une note précédente), cet intérêt particulier avait pour nom Jay Spears. Et bien qu'on soit toujours ami et qu'on s'écrive souvent, il n'est jamais devenu mon prince charmant. Quoi qu'il en soit, j'aimais bien cette paroisse, pour différentes raisons, et Jay en était une excellente, avec son chocolate suicide sur lequel je ne dis rien d'autre parce que, sinon, cette note ne finira jamais. Depuis lors, Jay Spears est devenu un sympathique chanteur de la scène homo-pop et on voit son clip ici ou là sur les chaînes câblées roses américaines. Et avant que l'un de vous ne le demande: non, il n'est pas de la famille de l'autre blonde.

Jay Spears, 2005
La paroisse de Saint Victor est pionnière à bien des égards. Tout d'abord avec son groupe Outreach qui s'adresse aux homo depuis plus de 20 ans. Il faut dire que West Hollywood (environ 500 mille habitants sur les 25 millions du comté d'Orange dans lequel se trouve Los Angeles) est composée à 60% de pédés et de gouines. On les voit à perte de vue, littéralement.
Mais l'intuition géniale de l'équipe de Saint Victor est dans le mot même d'outreach. Car il ne s'agit pas seulement d'accueillir les homo mais d'abord d'aller vers eux. D'où, par exemple, la publication d'annonces pleine page dans la presse locale pour inviter les homo aux célébrations liturgiques ou encore des prises de positions très positives face à certains problèmes qui touchent la communauté locale homo. Souvent, d'ailleurs, les cathogay eux-mêmes écrivent ces annonces, ce qui donne un ton très vrai à ces pages.
Autre très belle initiative, et comme je voudrais qu'elle soit réalisée dans toutes nos grandes villes: la chapelle en mémoire des victimes du sida. Je n'étais pas le seul à pleurer ce jour de 1994 quand l'évêque auxiliaire de Los Angeles, Mgr Stephen Blaire, a béni cette chapelle. Nous avions enfin un vrai sanctuaire pour pleurer nos morts, les confier à Dieu et professer ensemble notre foi en la résurrection en Jésus-Christ. Combien de cathogay dans le monde peuvent dire qu'ils disposent d'un endroit où aller prier pour les leurs...
Un autre grand moment, c'est que Jay Spears m'a fait parvenir la Lettre du Cardinal Mahony à l'occasion du Jubilé de l'An 2000. Car alors que le pape Jean-Paul 2 demandait pardon pour les péchés et les fautes de l'Eglise Catholique sauf contre les homosexuels, le cardinal de Los Angeles jugeait bon d'imiter ce geste et de demander pardon pour TOUTES ses fautes, et notamment aux homo pour l'attitude de l'Eglise à leur égard. C'est un document remarquable à bien des égards, ne fut-ce que dans le ton. Qu'un Prince de l'Eglise demande pardon, c'est tellement inouï que ça vaut la peine d'être souligné.

Enfin, pour en finir avec Saint Victor, je reste encore aujourd'hui sous l'influence spirituelle d'une conférence donnée par le père Peter Liuzzi, un carme nommé par le cardinal Mahony comme le premier délégué de l'archidiocèse pour la pastorale vis à vis des minorités sexuelles. Un homme absolument remarquable, en plus d'être profond, dont les conférences furent d'ailleurs publiées dans le journal de l'archidiocèse en 1998. De très beaux textes, dont toute une conférence pour expliquer en quoi l'homosexualité n'est pas une maladie à guérir mais que, comme tout être humain, les homo ont aussi à progresser pour vivre selon l'évangile du Christ. Voir aussi son livre, préfacé d'ailleurs par Mgr Blaire.
[Pour la petite histoire, la pastorale vis-à-vis des minorités sexuelles a été pratiquement démantelée (même si elle existe toujours sur le papier), tant à Los Angeles qu'à San Francisco et dans de nombreuses autres villes, sous la pression des catholibans qui ont vu dans cette pastorale le repère de tous les prêtres pédophiles. Le père Liuzzi lui-même a été retiré de certaines écoles où il enseignait parce qu'on craignait sa proximité vis-à-vis de tous ces jeunes garçons... Alors qu'aucune charge n'existe contre lui (dans un archidiocèse qui a été très transparent sur ce domaine), la rage des homophobes s'est particulièrement dirigée contre cet homme et contre le cardinal Mahony, dans des termes que je vous laisse deviner.]
Toute cette longue introduction pour vous annoncer que l'ancien curé de Saint Victor sera le prochain archevêque de San Francisco après avoir été pendant 10 ans l'évêque de Salt Lake City dans l'Utah (vous savez bien: le Vatican des Mormons). Je n'ai pas personnellement connu Mgr George Niederauer, je ne crois en fait l'avoir aperçu plus de deux ou trois fois à Saint Victor. Mais il est clair que son arrivée à San Francisco a de quoi réjouir les associations homo de la ville, et probablement de tous les Etats-Unis.

Si l'on en juge par l'article publié dans le Bay Area Reporter (un journal gay depuis 1971), celui du Tidings, ou encore celui du San Francisco Chronicle (qui est un quotidien généraliste), ses positions sur l'homosexualité sont loin de refléter l'hystérie actuelle anti-gay dans le monde catholique.
Ainsi, en 2004, il s'est déclaré publiquement contre une mesure législative de l'Utah pour s'opposer au mariage gay, son argument étant qu'il était déjà illégal et qu'une nouvelle loi pour l'interdire n'était qu'une mesure pour faire mal aux homosexuels, une nouvelle douleur tout à fait injustifiée. Inutile de dire qu'au Paradis Mormon, et par rapport à l'ensemble de la Conférence Episcopale Américaine, il a fait grincer des dents.
Ou encore son intervention ferme en 2002 dans le National Catholic Reporter pour qu'on cesse de lier homosexualité avec pédophilie ou même pédérastie. Ici encore, bien des gens l'accusent de faire le jeu des prêtres pédophilies.
Sa seule erreur connue: quand en 1986, il avait écrit une lettre à un juge pour qu'il soit clément dans un procès contre un prêtre pédophile qu'il connaissait. Le prêtre en a pris pour six ans. Mais le fait rare, c'est qu'encore aujourd'hui, Mgr Niederauer a demandé pardon pour cette erreur majeure. Quoi? un autre évêque qui demande pardon? Je rêve ou quoi!!!
Je lui souhaite bonne chance à San Francisco. Il aura bien sûr fort à faire, vu l'état de tension de l'Eglise Catholique avec la très large communauté homo de son diocèse. Sans parler du fait que l'hystérie homophobe s'est déjà déchaînée contre lui (particulièrement dans la section anti-gay de la blogosphère), le voyant comme un dangereux évêque dissident qui va faire entrer les homo par la fenêtre alors qu'on vient juste de les éjecter par la grande porte.
Et comment le cardinal Levada (qui vient d'arriver à Rome comme successeur du cardinal Ratzinger et qui est l'ancien archevêque de San Francisco) a laissé nommer son ami Mgr Niederauer, un homophile public (et donc aussi contraire à la doctrine officielle), pour lui succéder... Et comment Benoît 16 met-il à ce poste un homme avec un tel passé de proximité avec la culture gay... C'est à n'y rien comprendre !!!
Quoi qu'il en soit, je remercie le Seigneur pour l'incroyable ascension de mon ancien curé: il n'en serait pas là, futur archevêque de San Francisco, sans le décès de Jean-Paul 2, l'élection de Ratzinger, le départ de Levada... Un fameux concours de circonstances...

L'épinglette et le logo du Ministry with Lesbian and Gay Catholics
Ce 27 décembre, le calendrier des saints nous propose la fête de saint Jean, l'auteur présumé du 4ème évangile, de quelques épîtres et puis de l'apocalypse. Le frère de Jacques, fils de Zébédée (tous les deux ayant été baptisés "fils du tonnerre" par Jésus à cause de leurs colères et de leurs disputes homériques). Celui qui était présent au Calvaire, lors de la mise en croix de Jésus. Et celui qui plus tard reprit Marie, la Mère de Jésus, chez lui. Il a aussi eu un rôle important pour aider Pierre à reconnaître la résurrection de Jésus, notamment sur les berges du lac de Galilée.
Mais surtout, pour moi, Jean est celui dont il est écrit plusieurs fois qu'il était le disciple que Jésus aimait.
Bien sûr, je n'ignore pas qu'il y a des discussions d'experts pour savoir si cette expression se rapportait vraiment à Jean l'apôtre, ou bien à un autre disciple, ou encore que l'évangéliste ("celui qui porte témoignage") et l'apôtre ("celui que Jésus aimait") sont deux personnes différentes, voire peut-être trois. Certains mêmes suggèrent que le disciple en question est en fait Marie-Madeleine (cfr le point de départ de l'intrigue du Da Vinci Code).
Mais laissons-là ces arguties: la fête d'aujourd'hui fait référence à ce jeune homme imberbe et colérique, probablement très attachant et en même temps énervant au possible, et qui est représenté sur tous les tableaux de la dernière Cène avec la tête posée sur le sein du Christ, c'est à dire le plus intime des disciples de Jésus. Son chouchou, son bien-aimé, son intime.

De nos jours, d'ailleurs, on comprend mieux l'implication pratique de cette expression et la scène qu'elle décrit, notamment en fonction des coutumes liées aux repas. Car contrairement à ce qu'on représente souvent sur les tableaux, on ne mangeait pas assis à table mais bien couché. Et donc on s'appuyait sur son coude gauche, faisant un angle d'environ 45° avec le table et utilisant la main droite pour atteindre avec ses doigts la nourriture disposée dans de grands plateaux. Devant Jésus (couché juste devant lui), se trouvait Jean, qui n'avait qu'à pencher la tête en arrière pour se retrouver contre l'épaule de Jésus, son sein. C'était la place du chouchou, du bien-aimé, du favori, de l'intime, de celui qui recevait les meilleurs morceaux de nourriture mis dans sa bouche par la main même du bien-aimé. Dans beaucoup de familles, c'était la place du fils préféré, de l'héritier ou tout simplement du chouchou du père. Dans les repas de fête, c'est là que se couchait l'invité d'honneur du maître de maison ou son favori. Dans certaines scènes, c'est clairement la place de la favorite, de la première concubine (sauf que dans le milieu de Jésus, les hommes et les femmes ne mangeaient pas ensemble, ce serait indécent).

Léonard de Vinci
Est-ce que Jean et Jésus étaient assez intimes pour coucher ensemble? Honnêtement, je n'en ai rien à cirer. Une chose est sûre, c'est que l'affection que Jésus donnait à Jean était particulière, intense, et tellement forte qu'elle est restée brûlante dans sa vie jusqu'au bout. C'est Jean qui écrira plus tard "Celui qui aime, connaît Dieu" et qui a trouvé les plus belles expressions pour dire que le Dieu des Chrétiens, c'est l'Amour. Alors, qu'il y ait quelque chose d'homosexuel entre eux? Jésus ou Jean ou les deux étaient-ils homo ou bi? Sommes-nous devant un cas de pédérastie à la grecque? Ce n'est pas très utile à la discussion et on n'en saura jamais rien. Ce qui est certain par contre, c'est que les homo (et les bi) de toutes les époques y reconnaissent le genre d'affection qu'on peut avoir entre hommes (Jean est un adulte selon les critères juifs). Une affection qui diffère de la simple "amitié virile" ou encore d'une sorte de "paternité ou de fraternité spirituelle". C'est un amour fait de tendresse, avec des accents physiques très certainement.
Ceci dit, je ne suis pas étonné que les homophobes tentent de minimiser cette affection entre hommes, et surtout ses aspects physiques. Encore récemment, j'entendais une homélie où l'on faisait de Jean le disciple idéal et où l'expression le disciple chéri ou le disciple bien-aimé n'était juste qu'une métaphore. Comme si les femmes avaient le droit de facilement parler de Jésus comme de leur "bien-aimé" (cfr Thérèse d'Avila par exemple) et être déclarées les épouses mystiques du Christ; mais par contre, pour les hommes, c'est un peu gênant, voire embarrassant de trop s'appesantir sur cette scène qui ressemble un peu trop à une scène de couple. Cet amour entre hommes dont aujourd'hui on nie l'existence par un effet d'hétérocentrisme auquel on attribue en plus la sainteté d'être écrit dans la Bible dès la Genèse par la volonté de Dieu soi-même.
Et si c'était justement une des contributions essentielles des homo à l'Eglise et aux hommes (aux mâles), de leur ré-apprendre ce que c'est que d'être passionnément aimé par un autre homme? Non pas seulement "platoniquement" mais avec toute la tendresse dont un homme est capable pour un autre. Après tout, un apôtre sur 12, ça ferait à peu près la proportion des homo dans le monde, selon les versions "moyennes" qui situent le nombre d'homosexuels entre 5 et 10%...
Jean a ressenti, de la part de Jésus, un amour que les onze autres disciples n'ont pas éprouvé. Cela le met à part, certes. Mais surtout cela lui permet d'apporter quelque chose aux autres... Tout comme Pierre ou Matthieu ont une autre expérience de Jésus à partager...
Nous, les cathogay, nous pouvons trouver dans cette fête de saint Jean une occasion de nous réjouir. Chaque fois que nous regardons un tableau de la Dernière Cène, nous pourrions nous dire: voilà ma place à table, tout contre le coeur de Jésus, et voilà aussi ma place dans l'Eglise. Et c'est une place que Jésus me donne, parce que JE suis celui qu'il aime.
Aujourd'hui, Veille de Noël, mon coeur va vers les prêtres cathogay qui préparent leurs homélies pour cette nuit et aussi demain (avec tous ces différents évangiles selon les heures du jour, ce n'est pas toujours facile). Que le Seigneur leur inspire des mots qui émeuvent, qui donnent le sentiment que Jésus est présent ici, avec nous, et que sa Nativité est une magnifique nouvelle dans la nuit du monde et des coeurs.
Mon coeur va aussi vers tous les autres "acteurs" de la liturgie: choristes, musiciens, ceux qui ont décoré et fleuri, ceux qui vont distribuer les feuillets à l'entrée, ceux qui vont s'occuper des petits enfants, etc. Et Dieu sait s'il y a des cathogay parmi eux!
Qu'en cette Nuit et en ce Jour, tous les cathogay se sentent aimés de Dieu et membres de cette famille qui se retrouve dans la crèche. Et comme je l'écrivais en commentaire à l'un d'entre vous hier, Dieu sait s'il y a de la place dans la crèche pour tous les hors normes de la terre, et en particulier les pédé et les gouines. Entre le boeuf castré et l'âne bâté, entre la vierge qui n'a pas connu d'homme et le père qui s'est rendu stérile pour accueillir l'enfant, entre les bergers tenus éloignés des villages et les mages étrangers loin de chez eux,... Au moment du triomphe de Tibère Empereur Divin, à côté de ce tout petit enfant qui n'est rien à l'échelle du monde de sa naissance, il y a de la place pour chacun d'entre nous. Il n'y a pas de lieu sur terre d'où l'on ne puisse lever la tête et voir l'étoile.
La voilà notre famille, loin des clichés bourgeois: celle que Dieu a offerte pour son Fils et chacun d'entre nous. Et si, en ce jour, nous pourrions nous sentir étranger dans l'Eglise Catholique (hypothèse, bien sûr), qu'en regardant cette crèche, nous puissions tous dire: c'est chez moi, c'est ma famille, il y a une place prête pour moi.
D'ailleurs, pour ma part, il y a un personnage qui me symbolise dans ma crèche (qui est la plus jolie du monde, ça va sans dire). C'est une vieille femme toute fragile ployant sour le lourd fardeau d'un fagot de bois... Et vous savez ce à quoi servent hélas parfois les fagots... Et vous savez ce que faggot veut dire en anglais...
Or, même le petit Jésus a eu besoin qu'on le réchauffe (malgré la chaleur animale de l'âne et du boeuf) et je suis sûr qu'il accueillera avec joie un faggot de plus...
Mon coeur va aussi à ceux qui vont fêter Noël tout seul, parce que leur couple a explosé récemment ou que leur famille s'est séparée d'eux. Qu'au moins par la pensée, il n'y ait pas un seul pédé ou une seule gouine perdus ce soir. Qu'ils lèvent la tête, et s'ils voient une étoile, qu'ils sachent qu'on les aime Là Haut.
Que le Seigneur vous bénisse. Je vous embrasse très fort. (et merci à tous ceux qui contribuent à ajouter de nouvelles langues à cette bénédiction "urbi et orbi").
Afrikaans: Geseënde Kersfees en 'n Gelukkige Nuwe Jaar
Albanese: Për Shumë Vjet Krishtlindjen dhe Gëzuar Vitin e Ri
Angolan: Onatale Uwa Ulima Uwa
Arabic: 'Id Miilaad Magiid wa-Sanah Sa'iidah
Armenian: Shenoraavor Nor Dari yev Pari Gaghand
Azeri-Azerbaijan: Tezze Iliniz Yahsi Olsun
Basque: Eguberri Zoriontsua Urte Berri Zoriontsua
Belarus: Viasolyh Sviat i schaslivaga Novaga Goda
Bengali: Shubha Baro Din o Naba Barsha
Bislama: Meri Krismas mo hapi niu yia!
Bosnian: Sretan Bozic i blagoslovljena Nova Godina
Brasilian Portuguese: Feliz Natal e Feliz Ano Novo
Breton: Nedeleg Laouen na Bloavez Mad
Bulgarian: Tchestito Rojdestvo Hristovo Tchestita Nova Godina
Burmese: Nit tit ku ne x'mas ma ta hkin hpa ya kaung gyi pei ba zai
Catalan: Bon Nadal i un Bon Any Nou
Chinese-Cantonese: Sing-dan faai-lok San-nin faai-lok
Chinese-Mandarin: Sheng-dan kuai-le Xin-nian kuai-le
Cinyanja (Zambia): Cake Ca Bwino Ca Krisimasi!
Creole (Mauritius): Banané! boner! prosperite!
Croatian: Sretan Bozic i blagoslovljena Nova Godina
Czech: Prejeme Vam Vesele Vanoce a Stastny Novy Rok
Danish: Glaedelig Jul og Godt Nytaar
Dutch: Zalig Kerstfeest en Gelukkig Nieuwjaar
Egyptian: Colo sana wintom tiebeen
English: Merry Christmas and a Happy New Year
Eskimo: Jutdlime Pivdluarit Ukiortame Pivdluaritlo
Esperanto: Gojan Kristnaskon kaj felican Novjaron
Estonian: Rõõmsaid Jõulu Pühi ja head uut aastat
Finnish: Hauskaa Joulua ja Onnellista Uutta Voutta
Flemish (North France): Goe'n Kerstdag en gelukig zalig nieuwjaer!
French: Joyeux Noël et Bonne Année
Friulano (North-East Italy): Bon Nadâl e Bon an a duc'
Gaelic: Nollaig Chridheil agus Bliadhna Mhath Ur
Gallego (Galicia): Bo Nadal
Georgian: Daescarit mravals - Guilocavt achal cels
German: Frohe Weihnachten und ein glückliches neues Jahr!
Greek: Kala Khristougena kai Eftikhes to Neon Ethos
Hawaiian: Mele Kalikimaka me ka Hau'oli Makahiki Hou
Hebrew: Hag Molad Sameah
Hindi: Krist Janm Parb Mubarak Ho, Nutaan Varshki Mangalkamna Hne
Hungarian: Kegyelemteljes Karácsonyt és Boldog Új Évet
Icelandic: Gledhileg Jol og Farsaelt Komandi Ar
Indonesian: Selamat Hari Natal dan Tahun Baru
Irish: Nollaig shona agus Athbhliain faoi shéan is faoi mhaise
Italian: Santo Natale e Felice Nuovo Anno
Japanese: Shinnen omedeto Kurisumasu Omedeto
Javanese: Sugeng Natal lan warsa enggal
Kannada (India): Krista Jayanti Habbada Shubashayagalu Hagu Hosa Varshada Hareikegalu
Kikongo: Nkinsi ya lubutuku ya mbote ye bonana ya kiese
Kinyarwanda: Noheli nziza na Umwaka Mushya Muhire
Kirundi: Noheri Nziza n-Umwaka Mushasha Muhire
Konkani (India): Bhagi Natalache Phest Ani Navya Varsache Ullas
Korean: Sung Tan Chuk Ha
Lakota (Sioux): Anpetu Jesus Wanikeye Tonpi Waste
Latvian: Priecigus Ziemas Svetkus un Laimigu Jauno Gadu
Letzeburg (Luxemburg): Schéi Chreschdeeg a vill Gléck am neie Joer!
Lingala: Eyenga elamu ya Mbotama mpe Bonane
Lithuanian: Linksmu Sventu Kaledu ir Laimingu Nauju Metu
Makua (Mozambique): Nihakalale noyareriwa wa mwana a Muluku,
ni Apwiya enrelihe ni eyaka enhoyani enrwa
Malayalam (India): Christmasnteyum Nava Valasrattentuum Asamsakal
Malgascio (Madagascar): Arahaba tratry ny Krismasy sy ny Taombaovao
Maltese: Nixtieqlek il-Milied it-tajjeb u s-sena t-tajba
Marathi (India): Natalchja Subhechya Ani Naveen Vars Sukhachje Zanv
Mundari (India): Rasika Parabb
Norwegian: God Jul og Godt Nytt Aar
Occitana (Languedoc): Polit Nadal e Bona Annada
Polish: Wesolych Swiat Bozego Narodzenia i Szczesliwego Nowego Roku
Portuguese: Feliz Natal e um Ano Novo cheio de prosperidade
Romanian: Sarbatori Fericite La Multi Ani
Russian: Pozdravljaem vas s prazdnikom Rozhdestva Hristova i s Novym Godom
Saadri (India): Jai Yesu Kush Janam Parab
Samoan: Manuia le Kilisimasi ma le Tausaga Fou
Serbian: Christos se rodi Srecna Nova Godina
Sesotho: Mahlohonolo a matswalo a Morena le selemo se sethja se monate!
Sinhali (Srilanka): Shubha Nattalak Ha Shubha Alut Avradak Vevaa
Slovakian: Vesele Vianoce A stastlivy Novy Rok
Slovene: Vesele Bozicne praznike in Srecno Novo Leto
Spanish: Feliz Navidad y Prospero Ano Nuevo
Swahili: Heri ya Krismasi na Mwaka mpya
Swedish: God Jul och Gott Nytt Ar
Syriac: Eda d-mawlada d-Maran Isho Mshikha hawe brikha alokhoun
Tagalog (Filipino): Maligayang Pasko Masaganang Bagong Taon
Tamil: Christmas Puthandu vazhthukkal
Tigrygna: Beruk ledet Yesus Kristos igeberelkum
Tulu (India): Yesu Puttida Parbada Shubhashaya Bukko Posa Varshada Ullasa
Turkish: Noeliniz Ve Yeni Yiliniz Kutlu Olsun
Ukranian: Vselich svjat Rizdva Xristovoho i Sjtsjaslivoho Novoho Roku
Vietnamese: Chuc mung nam moi va Giang Sing vui ve
Visayan: Malipayong Pasko ug Bulahang Bagong Tuig
Welsh: Nadolic Llawen a Blwyddn Newdd Dda
Zulu: Ukhizimusi omuhle non Yaka omusha

Federico Fiori Barocci
J'ai terminé mes achats de cadeaux de Noël! Et comme j'y ai passé peu de temps et que je suis resté dans mon budget, je suis super fier de moi. Pas beaucoup de chichis, un minimum de kilomètres parcourus. Content, je suis content.
Ceci dit, j'ai été un peu soufflé hier soir en regardant une émission de la BBC (distraitement, tout en chattant, comme d'habitude). Le commentateur a posé la question au public: "pour Noël, qu'est-ce qui compte? l'intention ou le cadeau?" Et à 87%, le public a répondu... "le cadeau". Pour confirmer la chose, on a alors diffusé la réponse d'une série de vedettes de la télé et du cinéma (dont Harry Potter soi-même) et, en toute honnêteté, ils ont répondu "le cadeau" à 85% (12 sur 14, pour être exact).
Alors, en toute honnêteté moi aussi, qu'est-ce que je répondrais? Et bien, franchement, je distinguerais entre l'excitation du moment et l'heure qui suit. Dans l'excitation du déballage du cadeau, dans le déchiquettage du papier et l'ouverture des trois boîtes intérieures, je dirais sans hésiter: "ce qui compte, c'est le cadeau". Si quelqu'un n'est pas foutu de me faire une belle surprise et de me donner un bon moment de surprise, je dis: "peut mieux faire".
Mais un peu plus tard, l'excitation passée, je m'attendris sur le temps passé à emballer, à faire les magasins, à hésiter sur tel ou tel objet... et alors je dis "ce qui compte, c'est l'intention".
Ce matin, mon coeur va spécialement à ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre. Mon "athéna" favorite (il se reconnaîtra) me disait hier que sa maman avait téléphoné pour annoncer que ce qu'elle lui avait donné le mois dernier lui servirait finalement de cadeau de Noël. Et donc, ce cher homme n'aurait ni le cadeau, ni l'intention. Qu'il hésite encore à aller chez ses parents pour le repas de Noël est pour moi un signe de sainteté arrivée au stade olympique. Ma sainte femme de mère m'aurait fait ça l'avant-veille de Noël, elle m'aurait entendu gueuler entre ici et la Grande Muraille.
Dans ma famille, on a une petite règle qui nous a bien servi au fil des décennies: on a droit à deux cadeaux. L'un est demandé (proposé dans une courte liste) et l'autre doit être une surprise. On ouvre le cadeau "attendu" la veille de Noël (après la messe si l'on y a été) et la "surprise" le matin (en pyjama). Une petite limite générale: pas plus de 50 par personne (10 pour les enfants de moins de 14 ans). En clair, on privilégie l'intention au maximum.
Là dessus, je vous embrasse tous, et spécialement les cathogay parmi vous, avec une grande lèche toute spéciale pour les prêtres, les séminaristes et les religieux. Que chacun d'entre vous trouve sa place dans la crèche (il y a bien assez de personnages "hors normes" comme ça) et que l'étoile brille dans vos nuits.
Sainte Fête de Noël.

Hier, mercredi 21 décembre, Elton John (58 ans) s'est marié avec son compagnon de 12 ans, le Canadien David Furnish (43 ans). Hasard ou clin d'oeil de l'histoire, la cérémonie civile a eu lieu à Windsor, là où le prince Charles a épousé Camilla: un autre couple qui a attendu longtemps de pouvoir s'engager publiquement. Ce qui a permis à Elton John de dire pendant des semaines qu'il allait se marier "comme un prince" alors que, finalement, la cérémonie a été tout à fait simple et familiale, comme celles des quelques 600 autres couples homo qui se sont mariés ce jour-là en Angleterre.

Car s'il y a bien une chose qui m'a frappé dans les images que j'ai vues hier, c'est leur simplicité. Et si je voulais être méchant, une simplicité bien plus grande que lors de certains mariages hétéro qu'on a pu voir récemment chez d'autres célébrités. En tous cas, quand on connaît le style scénique d'Elton John (rappelez-vous la fête pour ses 50 ans), on peut dire qu'à son mariage, la retenue a été totale. Ce qui laisse alors toute la place à l'émotion et à la vérité.
Voilà la vérité du couple homo et de son engagement dans le mariage, dans la fidélité et pour la vie, pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à la fin de leurs jours. Tout le reste, toutes les conneries qu'on peut raconter, même toutes les insultes sur le pseudo mariage gay, tout ça pâlit devant ces quelques images diffusées hier: des hommes et des femmes heureux de montrer publiquement leur amour et leur engagement.
J'ai aussi été touché par la solidarité vécue en ce jour par tous ces couples homo. Pendant qu'ils attendaient leur tour, beaucoup d'entre eux se sont embrassés et congratulés, avec ce sens qu'ils avaient certainement de participer à un moment historique mais surtout d'avoir traversé une attente commune. Et je suis particulièrement heureux pour ceux qui ont aussi eu l'occasion de célébrer leur union dans une cérémonie religieuse.
Deux druides gallois se sont mariés hier, soulignant l'importance mystique d'une union célébrée lors du solstice d'hiver. Notamment à cause du fait qu'il s'agit d'une fête qui marque le triomphe de la lumière sur l'obscurité, avec l'allongement des jours qui commence.

C'est d'ailleurs aussi l'ancienne fête latine du sol invictus dont les chrétiens ont parfaitement adapté le sens en la "récupérant": au coeur de la nuit la plus noire de l'année, un petit enfant naît à Bethléem, dans le dénuement et l'anonymat. Et c'est alors que la lumière revient dans le monde, comme l'étoile que vont suivre les mages.
Que le Seigneur bénisse et garde tous ces couples qui se sont engagés dans l'amour, dans la fidélité et le don total de l'un à l'autre. Qu'en ces temps d'obscurité, il fasse briller sur eux Sa face et que ces preuves de Sa présence et de Son amour soient pour nous tous des raisons d'espérer qu'après la nuit vient le matin.
Pour ceux qui aiment les discussions éthiques, je conseille les résumés de la BBC, qui sont en général très bien faits. Par exemple celui pour ou contre le mariage homosexuel. C'est toujours très éclairant d'avoir les arguments bien mis à plat, ce qui me permet alors de liquider les messages de trolls qui pourraient revenir avec des vieux coups de massue. L'information est là, disponible, qu'on arrête de continuer à colporter des conneries et de prendre ça pour de l'info. Et pour ceux d'entre vous qui participent à des débats, ces résumés sont un précieux rappel des principales idées émises sur ces sujets brûlants dont on discute.
Enfin, à côté de ce beau sujet d'émotion, voici une petite note d'humour sur le Père Noël et le Saint Père, avec le retour du très médiéval camauro chez ce pontife qui, décidément, fait parler les chroniqueurs de la mode, avec ses goûts pour Prada, Gucci et les chaussons rouges... Notre pape est-il une facheune victime?
Je me suis souvent demandé ce que Noël signifiait dans ma vie. Outre bien sûr l'événement liturgique ou la fête familiale... Dieu se fait homme. Il devient l'un de nous, d'abord petit enfant. Marie, Joseph, Bethléem, la crèche, les bergers, les anges, l'étoile, les mages... Selon moi, toutes ces choses (ces "mystères" comme on disait dans le temps) n'ont de sens QUE dans la mesure où elles veulent dire quelque chose pour moi, aujourd'hui. Si elle ne me sont pas données à moi personnellement, comme un cadeau, alors elles ne me concernent pas vraiment...
Dimanche dernier, pour la liturgie du 4ème dimanche de l'Avent, on lisait l'évangile de l'annonce faite à Marie. Avec Gabriel qui vient lui annoncer qu'elle va donner naissance à celui qui sauvera son peuple (Luc 1,26sq).
Et je me suis dit: Noël vient dans ma vie (en tout homme), comme la Nativité est venue dans la vie de Marie. Je l'imagine alors, cette jeune femme, attendre cette naissance et s'y préparer pendant des semaines...
Ces derniers jours, donc, je fais un effort particulier pour laisser les souvenirs grandir en moi, comme la femme enceinte laisse l'enfant grandir en elle.
Je regarde des photos. Je me souviens de noms et de visages, de lieux. Tous ces amis, ces gens qui, à leur manière particulière, ont fait que Dieu a pris chair dans ma vie. Tous ces amis, ces connaissances, mis sur ma route un jour où je passais, sans le vouloir, par mon "Bethléem"...

Et puis je me souviens aussi de mes amis d'aujourd'hui, ceux-là qui sont les "anges", les "bergers" ou les "mages" de ma vie actuelle... Ceux que je vois souvent (la photo) ou bien ceux que je vois plus rarement...
Quand, la nuit de Noël, on mettra le petit Jésus dans sa crèche, je me souviendrai de toutes ces venues de Dieu dans mon passé, ou dans mon présent... Tous ces amis, tous ces visages... Je placerai chacun des personnages de la crèche, en confiant à Dieu chacun de ceux qu'il a mis sur ma route. Et à chacun, j'offrirai la paix de Noël.
Mes "neveux" hollandais sont mes invités ce week-end. Je les appelle mes "neveux" non pas parce qu'ils sont de ma famille mais parce que j'ai 15 ans de plus qu'eux. C'est juste un terme d'affection, bien qu'à strictement parler ils comptent autant pour moi sinon plus que les membres de ma parenté. En fait, je retire ce que j'ai dit: ils sont de ma famille. Je connais André depuis 10 ans maintenant et "son" René depuis trois ans (il faut être hollandais pour trouver que les vieux prénoms français sont à la mode). J'aime beaucoup aller chez eux aussi, ils sont adorables.
Hier soir, on a fait les "classiques" de Noël à Bruxelles: les Plaisirs d'Hiver (y compris la Grand-Place et son jeu de lumières) et quelques cafés, puis un sympathique dîner à l'Amadeo, près de la place Sainte Catherine. Quelques achats de menus cadeaux au marché de Noël et puis dégustations de spécialités "riches": vin chaud, tartiflette, croustillants, cuberdons, spécialités du Sud-Ouest ou de Savoie, saumon et renne fumés au village lapon, etc.

Pendant tout ce temps, André et René, avec le plus grand naturel du mond, se tenaient par la main, le bras ou l'épaule, comme n'importe quel couple. Ils se faisaient quelques petits bisous dans la foule. Au resto, ils se tenaient pas la main et se caressaient mutuellement la joue ou la nuque. C'était manifestement leur comportement de couple habituel, spontané je suppose dans leur Hollande. Et bien sûr, c'était mimi tout plein à regarder.
J'ai tout de même été surpris à certains moments d'avoir peur... Surtout dans la foule. Peur de la réaction négative des gens, peut-être de leurs insultes. Heureusement, il y avait assez d'attractions pour que les passants fassent peu attention les uns aux autres.
Mais le vieux réflexe du pédé peureux (un peu terrifié même) était bien ancré en moi: ne pas se montrer, ne pas attirer l'attention, ne pas risquer l'insulte ou la violence. Parce que, si cela arrivait, ce serait de ma faute...
Ce matin, en écrivant, je me dis que nous avons été privé de bien des choses offertes aux autres êtres humains. Quelle différence ça ferait dans la vie d'un jeune ado homo s'il pouvait se promener main dans la main avec son petit ami, en pleine ville et sans problème. Or, tous les autres autres ado ont cette chance.
Quelque part, ce sont ces moments simples qui nous manquent le plus. Et comme je souhaite qu'un jour, plus aucun d'entre nous n'ait peur ou honte en public!

Il y a une façon de parler de la Tradition (avec un T en triple majuscule) qui paralyse dans le passé et vole le futur. Au lieu d'être une source de vie et de bonne nouvelle, la Tradition désespère et tue la vie.
Je lisais ce matin un commentaire de Laurent à la note d'hier. La mise en gras est de moi...
(...) Alors que j'étais quelqu'un qui me réfugiait dans le dogme et les bulles papales à chaque problème que je rencontrais, vivant de manière extrêmement coupable tout débordement par rapport à la Loi de l'Eglise, j'ai lu cette phrase : "la tradition de l'Eglise est la seule transmission d'un héritage qui se situe dans l'avenir : c'est la transmission de l'Espérance." Ce jour-là, tout s'est éclairé en moi. C'était le 10 janvier 2001. Une date que je n'ai jamais oubliée. (...)
Effectivement, tout est dans cette phrase: présenter la Bible, la Tradition, le magnifique héritage spirituel de l'Eglise comme une chose figée dans le passé, c'est tuer l'espérance. Dire que la volonté de Dieu sur l'être humain est figée dans telle phrase de la Bible ou telle compréhension fixée à telle époque, c'est tuer l'avenir.
Je retrouve dans le commentaire de Laurent une vraie définition de l'autorité dans l'Eglise: l'autorité, ce n'est pas le fait d'être assis sur son trône, c'est de transmettre le message du Christ (l'héritage) d'une manière telle que, à chaque époque, dans chaque culture, à chaque âge de la vie, tous les hommes et toutes les femmes aient des raisons d'espérer et d'avancer.
Celui qui n'a pas été soufflé d'émotion en s'entendant dire de la part de Dieu que le monde et l'avenir s'offrent à lui n'a pas encore tout reçu de la grâce de Jésus Christ. Et s'il est privé de cette grâce par quelqu'un, une autorité quelconque de la religion ou un préjugé acquis dans sa jeunesse, je dis que ce quelqu'un est gravement en faute.
Les enseignants parmi vous comprendont cela tout de suite: c'est de la pédagogie élémentaire. Mais il arrive parfois le contraire: l'autorité (même, ou surtout, en matière religieuse) se transforme en celui qui fige le passé et, du coup, supprime l'avenir.
C'est ce que je dis à mes élèves souvent: être "vieux", ce n'est pas une question d'âge. C'est d'abord un regard sur l'avenir. On a ou on n'a pas l'espérance au coeur, qui fait lire le présent avec lucidité (et parfois horreur) mais qui ré-invente la sagesse du passé pour en tirer de nouvelles richesses.
Je reviens sur une note précédente concernant la visite de saint Pierre chez Corneille le Centurion et intitulé Arrêt Sur Image. Pierre était profondément Juif et attaché aux valeurs sublimes de son Peuple. Mais l'autorité du Christ tombe sur lui comme une ouverture à l'impossible de l'avenir: les non-Juifs sont tes frères, ils font partie des "élus"...
Je pense à la phrase de Martin Luther King, Jr. qui disait "I have a dream..." Un homme qui avait les deux pieds profondément enracinés dans son terreau biblique. Une voix qui remplissait les coeurs d'espérance.
Je pense à Soeur Emmanuelle, qui a passé toute sa vie à dire aux gens (et particulièrement aux plus jeunes) Yalla (on pourrait traduire: Vas-y, avance, fonce). C'est ce qu'a très bien compris le chanteur Calogero qui en a fait une chanson.
On ne retient pas l'écume - Dans le creux de sa main
On sait la vie se consume - Et il n'en reste rien
D'une bougie qui s'allume -
Tu peux encore décider du chemin, de ton chemin
Crois-tu que tout se résume - Au sel d'entre nos doigts
Quand plus léger qu'une plume - Tu peux guider tes pas
Sans tristesse ni amertume
Avancer, avance puisque tout s'en va tout s'en va
Yalla yalla yalla yalla - Elle m'emmène avec elle
Je t'emmène avec moi - Yalla
Tu trouveras le soleil - Dans le coeur des enfants
Sans nulle autre joie pareille - Ni sentiment plus grand
Un mot d'amour à l'oreille
Peut dans chacun réveiller un volcan pour qui l'entend
Bien sûr qu'on peut remercier Soeur Emmanuelle pour un tas de choses. Mais, me semble-t-il, ce qui en fait justement une vraie autorité dans la foi chrétienne, c'est sa capacité à allumer l'espérance dans le coeur de ceux qui risqueraient de s'étendre, qu'ils soient des chiffoniers du Caire ou des gens qui l'écoutent parler à la télé. Avec juste un mot d'amour à l'oreille, elle a réveillé en chacun le volcan.
Aujourd'hui, je prie pour que, comme Laurent, tous les cathogay (spécialement les plus jeunes) entendent la Bonne Nouvelle comme une raison d'espérer. Et pour tous les homo du monde entier, qu'ils sentent dans leur coeur le souffle qui les pousse vers l'avant et vers l'avenir avec confiance. Et tant qu'à faire, je prie aussi pour ceux qui devraient être des allumeurs des volcans de l'espérance et sont, hélas, loin du compte...
Remplissez-vous les yeux de ce splendide chanteur...

Tant que j'y suis, j'aime bien cette photo de Soeur Emmanuelle assise sur l'autel parce que, disait-elle, sinon elle serait trop petite pour que les gens la voit bien. Sur l'autel, comme le Christ offert dans l'Eucharistie, qui allume l'Espérance au coeur de chacun. Je me souviendrai toujours de cette petite bonne femme assise sur l'autel.

